Bookchin un des penseurs de l'anarchisme social.
Le livre date de 1977.
Il insiste sur le fait que l'histoire de la révolution espagnole ne commence pas en 1936 mais en 1868. Pendant 70 ans, ces années héroïques ont permis de labourer les sociétés radicalement. Il s'agit de mouvements de masse urbains et ruraux. C'est de la rencontre de ces deux mondes là que née la révolution : un prolétariat urbain et un monde agricole dominés par les grands propriétaires terriens, l'Etat industriel, l'Eglise et le patriarcat.
Bookchin n'est pas fasciné par la révolution industrielle mais par ses formes d'organisation sociale consécutives. En France, la notion de peuple date avant 1848, ce n'est qu'à partir de 1848 qu'apparaît la notion de prolétariat. En Espagne ce n'est ni l'un ni l'autre, on parle d'individus déclassés. Parce que la société était profondément inégalitaire, complétement réactionnaire écrasante. C'est comme cela que le mouvement social s'est reconstruit. On est donc dans une société espagnole à la fois traditionnelle rurale fondée sur les grands proprétaires et urbaine hyper industrielle.
Ce que je retiens : il faut connaître l'Espagne des années 1930 pour comprendre en quoi l'anarchisme espagnol s'inscrit contre les normes. C'est parce que ça va contre ça que ça marche. Comment imaginer qu'un mouvement aussi fou allait émerger dans une société aussi traditionnaliste.
Bookchin décrit longuement les influences extérieures qui viennent d'Italie, de Russie, d'Allemagne. Les anarchistes italiens, à travers la figure de Farinelli, essaiment l'idée de l'anarchisme libertaire. Il est relayé en Europe par des anarchistes russes dont Bakounine. Ces courants co-existent dans une dualité qui s'installe entre l'anarchisme libertaire (la liberté, l'auto-détermination) et le marxisme (communisme d'Etat, plutôt bien structuré). L'anarchisme c'est l'auto-détermination sans une verticalité de l'Etat. Le marxisme c'est l'idée d'un Etat qui s'organise. Ce sont des forces politiques qui sont assez duales. L'Espagne est très diverse entre le nord et le sud. A noter également la puissance cléricale anti-anarchiste et réactionnaire. Une forte diversité des peuples en Espagne.
Bookchin insiste sur l'héritage de l'anarchiste italien Farinelli. Ses idées seront dans un premier temps relayées dans un mouvement qui part de Madrid d'une élite de la petite bourgeoisie locale (avec commerçants, artisans) mais qui s'étend, très rapidement à Barcelone, dès 1870. Ce mouvement créent les premiers syndicats de manière clandestine car ils sont interdits par la loi. Leur mode d'action s'appuie sur de grands mouvements de destruction des moyens de production. Contraint l'Etat va reconnaître qu'il faut des mesures pour protéger les ouvriers. Il y'a des tensions idéologiques entre Marx et Bakounine. Mais ils se fédèrent contre toutes formes de violences (femmes, ouvriers).
Ce que je retiens : l'importance de la presse alternative et clandestine pour faire passer des messages et rallier les gens au combat.
En 1880 l'économie est florissante puis on assiste à une lente décroissance avec l'industrialisation. "La production de masse rendant leur métier inutile". Ils ont réussi à créer un syndicat. Quand ils ont commencé à se rebeller par des actes violents. Leurs cibles ne sont pas humaines. Ils souhaitent faire peur au gouvernement et non pas tuer. Mais la répression violente du gouvernement a conduit les anarchistes vers l'action violente.
Ce que je retiens : un mouvement non violent est devenu un mouvement terroriste. On est passé d'"un humanisme généreux à un terrorisme vengeur".
Coup de coeur : humanité et compassion sincère pour leurs semblables pouvaient être qualifiée de sainte.
En désaccord avec cette phrase : "un acte commis contre les institutions existantes touchent davantage les masses que des torrents de brochures et de miliers de mots".
La CNT est un syndicat très décentralisé. Elle assure la coordination entre comités locaux et régionaux qui sont à l'initiative des actions. La comité central garde un rôle de coordination mais pas de décision. Ils privilégiaient l'action directe (contre les caisses de grève qui seraient reconnaître un mouvement long). En 1917, elle organise une grosse grève générale portée par le mouvement socialiste. Elle sera très largement réprimée par les autorités catalanes qui se rallient à l'autorité centrale de Madrid ce qui marque la fin du soutien à l'indépendantisme catalan. Durant la première guerre mondiale, l'Espagne est neutre. Elle produit énormément pour l'armement, s'enrichit. Cette industrialisation à marche forcée accélère le développement des centrales syndicales. La répression contre la CNT sera extrêment forte et violente. En réaction, la CNT se radicalise et ne compte que sur l'action directe avec 1 million de membres syndiqués. Le mouvement s'étend aux paysans en Andalousie. Politiquement, sur cette période le gouvernement libéral de la classe dirigeante est très divisé alors que la classe ouvrière est très unie.
Ce que je retiens : instrumentalisation des mouvements ouvriers par les bourgeois qui ouvrent les vannes quand ils ont besoin du soutien des masses puis les referment quand ils n'en ont plus besoin.
Bookchin revient sur le mouvement révolutionnaire et l'auto-organisation dans les Asturies. Il fait une distinction entre l'organisation décentralisée des comités révolutionnaires (une centaine) portés par les syndicats, les partis politiques, la FAI, les groupes communistes anti-staliniens qui ont coordonné le soulèvement et l'organisation anarchiste aux structures beaucoup plus souples fondée sur des conseils ouvriers et des assemblées de paysans
#décentralisation #improvisation #esprit libertaire #ambiance festive
Il décrit un exemple précis d'auto-organisation à travers le cas de la commune de La Felguera. Une assemblée populaire décide de la socialisation d'un quartier résidentiel. La population se répartit en districts coordonnés par des comités (avec des membres élus) qui sont chargés de la production et de la distribution des biens essentiels. Ils font également remonter les besoins (transports, santé...) : "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins". Cela fonctionne si bien que les militants anarchistes sont sollicités par les communes voisines pour les aider à réorganiser leur ordre social. Pour Bookchin, cette expérience réussie est due :
- à des précédents anarchistes ancrés
- de longues années de propagande et d'EDUCATION LIBERTAIRES
A mesure que l'anarchisme se fond dans le syndicalisme, les tendances libertaires passent au second plan.
A la veille de la guerre civile espagnole (juillet 1936), la démocratie bourgeoise va subordonner la révolution sociale à la nécessité de défendre ses intérêts face au fascisme. Pour ce faire, elle endiguera les tendances révolutionnaires anarchistes en les contraignant à intégrer le Front Populaire avec les communistes et les socialistes. Ceux qui ne s'y résignent pas seront décribilisés sous la menace de "fascisme social".
En 1936, la gauche espagnole dira elle-même "Pour sauver l'Espagne du marxisme, votez communiste !".
En mai 1936, se tient le Congrès National de Saragosse, temps de débat anarchiste unique et essentiel sur la nature d'une société communiste libertaire dans une Espagne catholique et patriacarle des années 1930. Lors de ce congrès, les principes libertaires suivants sont validés :
- égalité des sexes
- amour libre
- fonctionnement des conseils communaux
- conception fédérale du communisme libertaire
- importance accordée aux dimensions psychologiques et anti-autoritaires
- ....
La nouvelle société doit garantir l'autonomie aux communes en leur fournissant les moyens de production agricoles et industriels. "L'être le plus libre (ici la commune) est celui qui a le moins besoin des autres".
Il y'a une confiance généreuse dans la capacité des gens à administer la société librement et directement :
- pas de hiérarchie
- pas de représentants du pouvoir d'élaborer des politiques
- pas d'organisation de la division du travail sous forme de système fondé sur l'autorité
"Le communisme libertaire est incompatible avec tout régime punitif".
Deux mois plus tard, en juillet 1936 le mouvement sera noyé dans le sang avant même d'avoir eu le temps d'évoquer les problèmes d'organisation pour mettre en pratique les principes libertaires. C'est à Barcelone, que l'anarcho-syndicalisme se prépare le plus sérieusement à faire face à la rébellion militaire.
"Le soulèvement des généraux vient de commencer tout comme la révolution sociale libertaire".
Dans sa conclusion, Bookchin reprend énormément de choses de ce qu'ils décrit dans l'ouvrage. L'utopie doit prendre en compte l'égalité économique et politique. Une société démocratique doit lutter contre toute forme de domination. Il y'a une actualité de la pensée libertaire et anarchique quand bien même elle a été balayée. C'est difficile aujourd'hui de se rendre compte à quel point c'était massif. A l'époque 1 personne sur 24 était syndiquée, plus les familles, l'environnement proche. C'est donc l'ensemble du corps social qui était traversé par ce courant anarchiste. La propagande par les faits ce n'est pas juste moralement et rationnellement ça ne marche pas.
Désaccords :
- il ne reprend pas assez le contexte de la première guerre mondiale
- il essaie d'apporter des réponses anthropologiques beaucoup trop rapides.
C'est un mouvement qui a traversé l'ensemble de la société donc il y'a une moralité prolétarienne hyper rigoriste. C'est un anarchisme hyper moral très centré sur le travail. Il y'a une forme d'émancipation de soi, aux autres et qu'après tu arrives à t'organiser au quotidien de manière collective. Il publie plus tard des modèles anthropologiques.
Dans les années 1970, ce n'est pas qu'à l'endroit du travail qu'il faut s'émanciper, mais sur toutes les autres sphères de l'être.
La pensée anarchiste c'est une pensée très complexe qui peut donner lieu à plein de formes différentes. Ce n'est pas du dogmatisme. C'est une recherche constante. Qu'est-ce qu'il se serait passé si la révolution espagnole avait réussi à écraser les généraux ?
Dans la guerre, le mouvement révolutionnaire se perd. L'histoire est écrite par les vainqueurs comme toujours et on oublie cette expérience incroyable très peu transmise dans l'histoire sociale.
L'idée de l'anarchisme est une idée internationnaliste.
L'idée de la commune est hyper importante.
Notre avis sur la méthode de l'arpentage
- Peut--être cela aurait-il été plus facile sur une lecture qui corresponde à notre époque et sur notre thème de la "participation citoyenne". Par exemple, on pourrait le refaire sur le livre de Jo Spiegel "Nous avons décidé de décider ensemble". On pourrait aussi aller dans sa commune de Kingersheim en Alsace faire une visite apprenante.
- Très bon concept, très sympa.
- Peut-être avoir les chapitres en amont, afin de les lire avant la rencontre ou bien réduire le nombre de pages à lire par personne pour mieux prendre le temps
- Formidable temps de formation politique
- Le côté historique reste important et intéressant, ça éclaire aussi sur des situations actuelles (comme l'importance de l'engagement féministe contemporain en Espagne)
- Une première, un peu de pression pour finir la lecture et réussir à restituer
- Envie de duppliquer dans d'autres sphères
- Tu peux lire plein de bouquins sans y passer 5 heures !
- Dans la programmation l'année prochaine, on programmera des arpentages
Dans notre contexte de crises multiples et de transition écologique et sociale, la gestion des ressources qui se raréfient est un défi. La politique du commun c’est imaginer de nouvelles formes de gestion de ces ressources et résoudre les problématiques de gestion présentes et futures, depuis la perspective des administrations et des expériences concrètes menées par les organisations locales.
Dans ce futur de la « rareté », la bataille pour le public va être importante, les alternatives non étatiques n’empêcheront pas que l’Etat devra jouer un rôle important.
Beaucoup de définitions du bien commun, et la signification s’est beaucoup perdue dans des utilisations diverses (une banque l’a utilisé dernièrement). Le commun est une alternative au marché, à la rentabilité, mais aussi une alternative à l’Etat. Ce n’est ni privé, ni public. Les communs ne dépendent pas d’une autorité centrale avec un système de re-distribution. Le bien commun est un thème sympathique mais porte ses propres contradictions.
Ce qui différencie les communs du marché et de l'Etat c'est la participation citoyenne directe.
Cela se traduit dans les formes d’organisation, les formes de gouvernance (bureaucratie, technocratie). La bureaucratie est une forme d’organisation qui organise de façon beaucoup plus efficace, centrale et normée, avec une hiérarchie très claire, une sorte de technologie sociale MAIS elle est aliénante de par son faisceau de normes.
Les Communs préfèrent la cohésion sociale, plus longue, moins efficace à une organisation efficace mais autoritaire, et aliénante.
Les communs, historiquement, ont surtout été expérimentés dans des petites communautés traditionnelles, avec peu de niveau technique. Les communs sont peu compatibles avec des services publics qui requièrent une excellence technique et une spécialisation. Et de là, réapparait le besoin de bureaucratie. Les services d’une grande ville, comme la gestion de l’eau, supposent de nombreuses décisions communales et des services techniques spécialisés.
- Peut-être ne pouvons-nous pas nous passer de la bureaucratie à partir d’un certain niveau de technicité des services publics ;
- La bureaucratie est un outil très puissant auquel nous devrions peut-être pas renoncer ;
- Éthiquement, la bureaucratie a une qualité importante : elle établit une égalité de traitement qu’il est très difficile d’atteindre d’une autre manière. Si tu ne connais personne et que tu arrives quelque part, tu n’as pas besoin de t’intégrer à un groupe pour accéder à des services publics. Les relations sociales sont moins fortes mais tu gagnes en équité universelle. Plus d’impersonnalité, plus d’égalité.
Relation de tension et de rétro alimentation entre participation citoyenne et contrôle bureaucratique
La commune est la cellule sociale de l’Etat. Mais l’administration doit être capable de mettre en place une telle transformation. On a besoin d’une bureaucratie efficace pour démonter le marché et l’Etat.
Dans la crise éco-sociale que nous vivons, les communs offrent un horizon « granular » lent mais solide de construction d’alternatives économiques et sociales décentralisées, depuis la perspective du changement des façons de vivre et de rentrer en relation. C’est un élément important si l’on souhaite des changements profonds, il faut une dynamique lente mais profonde.
Nous devons transformer les institutions publiques en reconnaissant leur rôle fondamental notamment dans leur capacité à soutenir des alternatives non institutionnelles comme l’économie de la fonctionnalité ou les coopératives sociales et transformatrices.
Comment on pourrait imaginer une coordination entre les initiatives locales, communales, et l’administration ?
Il faut imaginer une continuité entre les communs et l’administration, un processus d’hybridation. Il ne faut pas laisser la question sociale aux sociopathes de la marchandisation.
Nous avons besoin des conflits sociaux comme contre pouvoir, et nous avons besoin de l’administration pour résoudre les défis techniques de la transition (ex: énergies renouvelables).
Comment on peut faire co-exister des projets auto-gouvernés avec une gestion administrative ?
Fonction sociale, fonction publique, sur un territoire, en connexion avec l’administration. Il manque beaucoup de formations à l’action communautaire publique. Il n’y a pas de législation favorisant les communs, c’est un gros sujet.
Au niveau communal, la participation apparaît individualiste. La démocratie associative peut éduquer l’administration. La participation ne conduit pas forcément à la démocratie mais transforme l’individu, les relations et amène à une solidarité plus solide.
Irrationalité bureaucratique : il faut éduquer les fonctionnaires.
Nous devons être courageux et parler de la « communalisation de l’administration » : comment serait une administration moins aliénante ?
Les biens communs sont bien plus qu’une série de ressources partagées. Ils doivent répondre aux besoins et sont gérés par des communautés qui partagent la ressource et l'entretiennent. Un bien commun est produit et maintenu grâce à l’interaction entre la communauté, la ressource et le régime de gouvernance produit collectivement.
À partir de la perception de la construction de biens communs comme développement social et communautaire continu, nous comprenons qu'un quartier, dans son sens d'identité, est un bien commun. Dans ce cas, ce ne sont pas seulement les relations sociales, économiques, urbaines, nationales, etc. qui s'y développent. sa construction et son conditionnement sont plutôt déterminés par la confrontation entre la production capitaliste de l’espace et la production sociale réalisée par la communauté elle-même en lutte.
Ainsi, pour une compréhension globale et locale des biens communs, et pour les identifier dans notre quartier, une construction historique et identitaire est nécessaire qui retrace le fil conducteur des luttes qui ont construit Sants. Cette étape importante est en même temps un exercice de mémoire historique, une mémoire souvent réduite au silence et oubliée par l’histoire officielle, mais bien plus proche et décisive dans notre présent. Une lutte qui a conditionné l'urbanisme dont nous jouissons et que nous subissons, qui a généré des équipements publics, communautaires et autogérés, a changé notre vision des relations et du genre, qui a expulsé et affronté le fascisme de la rue, qui a mis sur la table les privilèges et les oppressions du système colonial et cela nous a amené à mettre en œuvre des alternatives au modèle de production capitaliste basé sur l'exploitation et le profit.