Passer de la participation à l’action : permettre à un collectif d’habitant·es de porter un projet
La situation de départ : ne pas seulement demander un avis, mais permettre d’agir
Le groupe travaille sur une situation dans laquelle la commune souhaite aller assez loin dans la participation des habitant·es. Parmi les différents niveaux proposés pendant l’atelier — informer, écouter ou consulter, construire ensemble, décider ensemble, permettre d’agir — il choisit clairement « permettre d’agir ».
Il ne s’agit plus seulement d’organiser une réunion pour recueillir des idées ou de demander aux habitant·es ce qu’ils pensent d’un projet. Il s’agit de créer les conditions pour que des personnes puissent réellement prendre une part active à sa mise en œuvre. L'idée apparaît d’un collectif motivé, associant des élu·es et des non-élu·es, bénéficiant de la confiance de l’exécutif municipal et pouvant mobiliser différentes ressources : conseil municipal, associations, personnes privées, compétences, réseaux ou encore ressources foncières.
Comment une commune peut-elle donner à des habitant·es la possibilité d’agir, tout en gardant un cadre clair sur les responsabilités de chacun ?
Permettre d’agir ne signifie pas que la commune disparaît
C’est probablement le point le plus intéressant du travail du groupe. Lorsqu’une commune souhaite que les habitant·es prennent davantage d’initiatives, deux écueils sont possibles : tout continuer à décider et organiser depuis la mairie, ce qui laisse finalement peu de place à l’initiative ; ou, à l’inverse, demander à un collectif de prendre en charge un projet sans lui donner suffisamment de cadre, de moyens ou de soutien.
Le guide de participation citoyenne du PETR Ariège insiste justement sur la nécessité de clarifier en amont qui décide, de quoi, et quelle est réellement la marge laissée à la participation. Ici, le groupe semble chercher une troisième voie : la commune donne une direction et sécurise le cadre, tandis qu’un collectif dispose d’une véritable capacité d’initiative et d’action.
Cela suppose de pouvoir répondre simplement à quelques questions : qu’est-ce que le collectif peut décider seul ? Qu’est-ce qui nécessite l'accord du conseil municipal ? De quels moyens peut-il disposer ? À quel moment la commune intervient-elle ? Et comment fait-on lorsqu’un désaccord apparaît ?
Les expériences étudiées par Fréquence Commune montrent également l’importance de rendre explicites les contraintes et les responsabilités avant d’engager une démarche de co-construction ou de co-décision.
Ne pas chercher seulement « des participants », mais les personnes qui peuvent faire vivre le projet
La fiche « Avec qui ? » invite le groupe à regarder au-delà des personnes immédiatement identifiées.
Les notes font apparaître plusieurs cercles : des habitant·es déjà mobilisé·es, des associations, des acteurs économiques, des propriétaires ou détenteurs de ressources utiles au projet, mais aussi des personnes moins présentes dans les espaces municipaux habituels. C’est important : les personnes qui viennent spontanément à une réunion publique ne sont pas nécessairement toutes celles qui sont concernées par le projet, ni toutes celles qui pourraient y contribuer.
Dans les territoires ruraux, certaines personnes peuvent être éloignées des démarches participatives par leurs horaires, leurs déplacements, leur situation personnelle ou simplement parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans les réunions municipales classiques. Le Guide Démocratie rurale recommande notamment des démarches d’« aller-vers » pour toucher des personnes que les dispositifs habituels atteignent moins facilement.
« De qui avons-nous besoin autour de ce projet, qui est directement concerné, qui possède une expérience ou une ressource utile, et qui risque de ne pas venir de lui-même ? »
Un chemin pratique pour passer de l’idée au collectif qui agit
1. Clarifier le mandat donné au collectif. Avant de mobiliser largement, le conseil municipal peut préciser ce qu’il souhaite réellement ouvrir : l’objectif poursuivi, ce qui est déjà décidé, ce qui peut encore évoluer et jusqu’où le collectif pourra agir. Cette clarification permet d’éviter de promettre une autonomie qui n’existerait pas réellement.
2. Constituer un premier noyau, sans le considérer comme définitif. Le groupe évoque un collectif motivé réunissant élu·es et non-élu·es. Ce premier cercle peut lancer le travail, mais une de ses premières missions pourrait justement être de se demander : « Qui manque autour de la table ? » Puis aller rencontrer directement ces personnes.
3. Donner au collectif quelque chose de réel à faire. « Permettre d’agir » prend tout son sens lorsque les personnes disposent d’une responsabilité concrète : enquêter, rencontrer d’autres habitant·es, tester une proposition, organiser une première action, mobiliser des ressources ou préparer une décision. Il ne suffit donc pas de créer un groupe ; il faut lui donner une capacité d’action identifiable.
4. Commencer petit et apprendre en faisant. Plutôt que de chercher immédiatement l’organisation parfaite, le collectif peut essayer une première action limitée, puis regarder ce qu’elle produit. Cette logique rejoint les démarches d’expérimentation utilisées dans la conception des services publics : mettre rapidement une idée à l’épreuve du réel permet de voir ce qui fonctionne, ce qui bloque et ce qui doit être adapté.
5. Installer un rendez-vous régulier pour revoir le fonctionnement. Le groupe imagine notamment un rendez-vous annuel, qui pourrait avoir lieu à un moment important de la vie municipale : rentrée, débat budgétaire, anniversaire du lancement du projet ou séminaire de l’équipe. Ce temps ne servirait pas seulement à présenter un bilan. Il permettrait de se demander ensemble : qu’avons-nous essayé ? qu’est-ce qui fonctionne ? qu’est-ce qui bloque ? qui porte réellement le projet ? que faut-il changer pour l’année suivante ?
Le point de vigilance : donner une responsabilité sans laisser les personnes seules
La fiche « De quoi avons-nous réellement besoin ? » est particulièrement éclairante. Le groupe ne fait pas apparaître uniquement des besoins financiers. Il évoque aussi du temps d’information et de pédagogie, de la facilitation, des compétences, des réseaux et de la mise en relation.
Donner du pouvoir d’agir ne consiste pas simplement à dire : « maintenant, c’est à vous ».
Si un collectif doit prendre une responsabilité nouvelle, il faut regarder ce qui lui permettra effectivement de l’assumer : de quelles informations dispose-t-il ? quelles compétences sont déjà présentes ? lesquelles manquent ? qui peut aider ? quelles ressources matérielles ou foncières sont nécessaires ? quelle relation avec la mairie faut-il organiser ?
La capacité à agir se construit donc autant par la confiance et l’autonomie que par les moyens, les liens et l’accompagnement.
Outil — Rôles potentiels d'un acteur collectif
À partir de cette compréhension, l’outil peut ensuite répondre à différents objectifs :
- comprendre dans quelles proportions nous jouons l’ensemble de ces rôles; se positionner collectivement sur l’importance relative que l’on souhaite donner à chacun de ces rôles puis la comparer avec l’importance qu’on leur donne actuellement dans l’action;
- réfléchir, dans un contexte de diminution ou de rareté des ressources, aux rôles à prioriser pour assurer la pérennité d’une concertation;
- ou réfléchir à la pertinence de certains rôles par rapport à d’autres qui peuvent sembler plus importants selon les différentes orientations ou stratégies identifiées préalablement.
Plessé (Loire-Atlantique)
Dans une commune rurale, comment permettre aux habitant·es de ne pas seulement donner leur avis, mais de prendre part concrètement à un projet autour de l’alimentation et de l’agriculture locales ?
Pendant l’atelier, le groupe a choisi d’aller jusqu’à « permettre d’agir » : faire émerger un collectif associant élu·es, habitant·es et acteurs locaux, capable de mobiliser des ressources, des compétences, du foncier et de faire avancer le projet dans la durée.
Mais donner une capacité d’action suppose aussi de clarifier les rôles : que peut faire le collectif ? Que doit décider la commune ? Quels moyens faut-il mettre à disposition ? Et comment élargir progressivement le cercle des personnes impliquées ?
L’expérience de Plessé, en Loire-Atlantique, montre une piste possible : la commune a construit sa politique agricole et alimentaire avec des élu·es, habitant·es et agriculteurs, autour de sujets très concrets comme le foncier, la transmission des fermes, les jardins et l’alimentation locale.
