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Aller chercher celles et ceux qu’on n’entend jamais

La situation de départ : un projet déjà engagé, mais encore porté par peu de personnes

Le projet dispose d’une vision en cours de construction, avec des objectifs, des questions de financement et des partenaires à identifier ou mobiliser. Un petit nombre de personnes semblent aujourd’hui particulièrement impliquées, autour de la mairie, d’un agent municipal et de quelques bénévoles. Le groupe ne cherche donc pas à lancer une participation à partir de zéro.

Sa question est plutôt : Comment faire entrer dans le projet des habitant·es qui ne font pas partie du cercle habituel ? 

Le problème : inviter tout le monde ne suffit pas

Le groupe identifie explicitement des personnes qui ne s’impliquent jamais ou très rarement dans les démarches communales.

Une invitation ouverte à « tous les habitant·es » peut donner l’impression que tout le monde a les mêmes possibilités de participer. Dans les faits, certaines personnes répondent facilement aux invitations communales et d’autres beaucoup moins.

Le Guide pratique de la participation citoyenne du PETR Ariège rappelle justement qu’une affiche, un bulletin municipal ou une publication sur les réseaux sociaux permettent d’informer largement, mais renouvellent peu les participant·es. Pour toucher les publics habituellement absents, il recommande une mobilisation proactive, directement sur le terrain : marchés, lieux de vie, événements, porte-à-porte ou relais locaux.

Le déplacement à opérer

Ne plus seulement demander : « Comment les faire venir ? » mais : « Où devons-nous aller pour pouvoir les rencontrer ? »


Aller vers les habitant·es plutôt que les attendre

C’est l’une des intentions les plus nettes du groupe de travail : aller vers les habitant·es. Ce principe peut prendre des formes très simples :

discuter devant un commerce ou sur un lieu fréquenté ;
frapper à quelques portes ;
rencontrer un groupe déjà constitué ;
prendre un temps avec une personne qui ne viendra jamais à une réunion publique ;
proposer plusieurs manières de contribuer, avec différents niveaux d’engagement.

Fréquence Commune documente notamment l’association du tirage au sort et du porte-à-porte. L’objectif est précisément d’aller chercher des personnes qui auraient pu refuser de participer parce qu’elles ne se sentent pas légitimes ou parce qu’elles ne fréquentent pas les canaux habituels de la mairie. Le contact direct permet d’expliquer concrètement la démarche, le rôle proposé et de répondre immédiatement aux questions.


Ne pas chercher seulement « plus de monde »

L’enjeu n’est pas forcément de faire venir cinquante personnes à une réunion. Il est plutôt de regarder :

Qui participe déjà ?
Qui manque systématiquement ?
Qui est directement concerné·e mais ne prend jamais la parole ?
Quels obstacles rendent sa participation difficile ?

Le guide consacré à la démocratie rurale rappelle par exemple que certains formats de réunion peuvent eux-mêmes favoriser certains publics et en éloigner d’autres. Il recommande d’adapter les conditions de participation et les méthodes d’animation plutôt que de considérer que les personnes absentes « ne souhaitent pas participer ».

Autrement dit : ce n’est pas toujours à l’habitant·e de s’adapter à la participation ; la participation peut aussi s’adapter à l’habitant·e.


Multiplier les portes d’entrée

Les notes complémentaires du groupe vont dans ce sens : la participation ne doit pas prendre une seule forme et peut aller progressivement de l’information à l’écoute, puis à la construction collective, selon les personnes et les moments. On peut en tirer un repère très pratique :

Je veux simplement savoir ce qui se passe
→ recevoir une information claire.

Je veux donner mon avis sans m’engager davantage
→ échange individuel, questionnaire court, discussion sur place.

Je veux participer ponctuellement
→ atelier ou rencontre sur un sujet précis.

Je veux contribuer davantage
→ intégrer un groupe de travail.

Cette diversité évite de considérer qu’« être impliqué·e » signifie forcément assister chaque mois à une réunion.


Le point à clarifier avant d’aller plus loin : quelle vraie marge de manœuvre ?

La fiche évoque la question de la marge de manœuvre et de la négociation. Le groupe de travail ne sait pas encore clairement :

sur quoi les nouvelles personnes pourront agir ;
qui prendra les décisions ;
comment leurs contributions seront traitées ;
quel rôle elles pourront prendre dans la durée.

Or ce sont des points essentiels.

Aller chercher des personnes habituellement absentes demande davantage d’effort qu’une invitation classique. Il faut donc pouvoir leur expliquer très simplement : « Voilà pourquoi nous venons vous voir, voilà sur quoi votre contribution peut avoir un effet, et voilà ce qu’il se passera ensuite. »

Sans cette clarté, l’« aller-vers » risque de devenir uniquement une opération de mobilisation.

Un premier pas possible, à discuter

Avant toute réunion publique : faire une carte très simple du patrimoine concerné, et pour chaque bâtiment écrire : ce que nous savons déjà → ce qui est contraint → les usages actuels → les questions encore ouvertes. C’est seulement ensuite que la commune pourra formuler une invitation claire aux habitant·es.

Un outil à tester : tirage au sort + porte-à-porte

Fréquence Commune a expérimenté cette méthode dans plusieurs communes, notamment pour constituer des groupes travaillant sur un tiers-lieu, une piscine municipale ou l’avenir d’une station de ski.

Le principe :

1. Tirer au sort des adresses du territoire.
2. Aller directement rencontrer les personnes.
3. Leur expliquer personnellement pourquoi leur participation est recherchée.
4. Leur proposer une place précise dans la démarche.

Dans les expériences analysées, Fréquence Commune observe qu’en moyenne 27 % des personnes tirées au sort et contactées en porte-à-porte se sont rendues à la première réunion.

L’intérêt n’est pas seulement statistique : cette méthode permet de rencontrer des personnes qui ne se seraient jamais portées volontaires d’elles-mêmes.