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Rester debout quand tout bouge

Olivier Hamant invite à sortir de l’illusion du contrôle pour construire des organisations et des territoires capables de vivre avec les fluctuations. Comment passer d’une économie de la performance à une culture de la robustesse, de la coopération et du vivant ?

L'atelier tient en quelques cartes posées sur une table. Des groupes construisent une tour. Puis une contrainte arrive : une carte est retirée, une règle change, un appui disparaît. Certaines tours tombent aussitôt. D’autres tiennent, souvent parce qu’elles ont été construites moins haut, mais avec plusieurs appuis.

L’exercice proposé par Gatien Bataille et Laurent Marseault donne une forme concrète à une question centrale : comment rester stable à court terme et viable à long terme malgré les fluctuations ? Derrière la tour de cartes, chacun peut reconnaître une organisation, un projet, une équipe, un territoire. La personne qui porte tout. Le financement unique. L’outil indispensable. Le partenaire que l’on croyait acquis. Le temps de recul qui manque toujours.

La robustesse ne consiste pas à supprimer les perturbations. Elle consiste à vérifier ce qui se passe quand elles surviennent. Que devient un projet si son pilote est absent ? Qui connaît les informations essentielles ? Quelles fonctions peuvent être reprises par d’autres ? Où sont les marges de manœuvre ? Quels liens ont été entretenus avant la crise ?

Cette approche déplace les critères habituels de réussite. Dans une logique de performance, on cherche à monter plus haut, plus vite, avec moins de moyens. Les doublons, les réserves et les lenteurs sont perçus comme des coûts. Dans une logique de robustesse, ils peuvent devenir des protections : une compétence partagée, une ressource disponible, un temps de pause, une documentation, une relation de confiance.

L’atelier montre aussi qu’une organisation ne devient pas robuste seule. Une structure peut renforcer ses procédures, diversifier ses partenaires, documenter ses savoir-faire. Mais si son territoire se fragilise, si les personnes s’épuisent, si les milieux naturels se dégradent, sa propre capacité à durer reste limitée. La coopération n’est donc pas seulement une méthode d’animation. Elle devient une condition de viabilité.

Encore faut-il trouver la bonne distance. Des liens trop serrés empêchent l’autonomie. Des liens trop lâches ne soutiennent plus personne. La robustesse se joue dans cet équilibre : assez de solidarité pour ne pas laisser tomber, assez de liberté pour permettre l’initiative.

C’est là qu’intervient la notion de santé commune. La santé humaine, la santé des sociétés et la santé des milieux naturels ne peuvent pas être traitées séparément. Une organisation peut encaisser un choc ponctuel. Elle ne peut pas rester viable si les conditions qui l’entourent se dégradent durablement. Travailler la robustesse, c’est donc aussi agir sur ce qui rend les crises plus fréquentes, plus violentes ou plus difficiles à absorber.

Les questions posées pendant l’atelier sont directement utilisables : d’où partons-nous ? avec qui ? avec quelles ressources ? pour quels besoins ? quelles fluctuations devons-nous tester ? quelles responsabilités peuvent être partagées ? où faut-il introduire de la diversité, de la redondance, du ralentissement ?

La robustesse devient alors un outil de diagnostic. Elle ne promet pas d’éviter les crises. Elle permet de repérer les dépendances, de renforcer les liens utiles, de préserver des marges et de préparer des réponses avant l’effondrement.

Au fond, le passage du concept à l’opérationnel tient peut-être à cela : ne plus demander seulement jusqu’où l’on peut aller, mais ce qui permettra de continuer lorsque les conditions changeront.